Le vin et la vigne dans les arts graphiques : gravures et dessins

20.03.2019

SANS CERES ET BACCHUS, VENUS POURRAIT PRENDRE FROID
Henri Goltzius, 1599-1602 Museum of Art
Philadelphie / 1

 

1/ Goltzius illustre cette citation du poète latin Terence (ca. 185-160 va. J-C.) : "Sans Cérès ni Bacchus, Vénus prendrait froid". En d'autres termes, sans nourriture et sans vin, l'amour se refroidit. Dans la mythologie romaine, Cérès est la déesse de l'agriculture, des moissons et de la fécondité.

SANS NOURRITURE NI VIN, L'AMOUR SE REFROIDIT

LES BACCHANALES TOURNERENT A L'ORGIE ET A L'IVRESSE

 

2/ Liées aux mystères dionysiaques, les bacchanales se tenaient en l'honneur de Bacchus, dieu romain du vin, de l'Ivresse et des débordements, notamment sexuels. À l'origine, ces fêtes étaient célébrées en secret parmi les femmes, les 16 et 17 mars. Ces fêtes eurent lieu ensuite au moins trois fois par an sous le contrôle de matrones respectables. Elles devinrent publiques et étaient célébrées dans toute la Grande-Grèce, en Égypte et principalement à Rome. Ces fêtes, qui duraient environ 3 à 5 jours en fonction de la région, étaient avant tout axées sur des représentations théâtrales faisant office de cérémonie religieuse. Elles servirent bientôt de prétexte aux désordres les plus extravagants en évoluant de plus en plus fréquemment en fêtes orgiaques nocturnes où régnaient ivresse publique et licence.

LES MÉTIERS DU VIN ET LEURS COSTUMES : A CHACUN SES ACCESSOIRES

 3/ "Les costumes grotesques de Larmessin sont aujourd’hui devenus célèbres, grâce au goût de la fantaisie graphique remise en honneur par les dessinateurs modernes... Le principe - et l’humour - de ces dessins consistait à habiller différents corps de métiers avec les accessoires de chaque profession. Certains s’en écartent en incluant des costumes contemporains ; d’autres sont des imitations allemandes qui témoignent de la vogue que connurent ces fantaisies graphiques. Les succès de l’invention de Larmessin, qui, malgré les antécédents maniéristes de ces compositions factices, est tout à fait originale à la fin du XVIIème siècle, est encore attesté par des retirages, et par l’utilisation décorative qu’on en fait fréquemment aujourd’hui." (Le Dessin d’humour du XVIème siècle à nos jours, BNFn 1971).

LES COSTUMES GROTESQUES ET LES MÉTIERS : TONNELIER
Nicolas Larmessin II
ca. 1695
BNF, Paris / 3

 

Les Romains se méfiaient de ce culte orgiaque semant le désordre et présentant un risque pour l'État. Les hommes y feignaient des fureurs sacrées, les femmes, déguisées en bacchantes, couraient avec des torches vers le Tibre. La secte des initiés prit de l'ampleur. Elle comptait parmi ses membres des hommes et des femmes de haut rang. On décida de ne plus admettre aux cérémonies que des jeunes gens âgés de moins de vingt ans, instruments plus dociles lors de ces orgies initiatiques. 

 

La courtisane Hispala Fecenia révéla le secret de ces pratiques à un jeune homme qu'elle aimait, Publius Aebutius, afin de le protéger de sa propre mère qui voulait l'initier aux mystères de Bacchus. Publius refusant de se faire initier aux mystères fut alors chassé par sa mère et par le mari de celle-ci. Il alla se réfugier chez une de ses tantes qui lui conseilla de parler de cette histoire au consul Postumius. Le consul décida de mener une enquête secrète. Le sénat s'émut et l'on craignit que la secte ne cachât un complot contre la République. Il chargea les consuls d'informer extraordinairement contre les bacchanales et les sacrifices nocturnes, de promettre des récompenses aux délateurs et d'interdire les rassemblements des initiés. Le « scandale des bacchanales » (en 186 av. J.-C.) conduisit à une répression du culte avec 7.000 conjurés environ condamnés à mort. Une prophétesse de Campanie avait organisé avec ses adeptes une forme d'escroquerie généralisée ayant entraîné des assassinats pour extorsion. On interrogea les ministres de ce culte ; un grand nombre d'adeptes furent suppliciés, emprisonnés ou bannis. Un senatus-consulte interdit les bacchanales durant près d'un siècle et demi. Elles furent à nouveau autorisées par César. 

Pour en savoir plus : Galerie "Bacchanales et scènes bachiques" >>

BACCHANALE
Pablo Picasso, 1955, encre noire sur papier vélin d'Arches, 33 x 50,5 cm - MNAM, Paris

VIGNERON

CHARRETIER

NANTES, PORT FLUVIAL ET MARITIME PROPICE AU COMMERCE DU VIN

4/ Le port de Nantes est considéré au début du XVIIIème siècle comme le premier d’Europe., fréquenté chaque année par quelque 2.000 navires et embarcations. C'est aussi le deuxième port français après Bordeaux pour le commerce du vin. Il déploie ses exportations de vin vers le reste de la Bretagne (le marché breton absorbe la moitié du trafic, en concurrence vive avec Bordeaux*), la Hollande et l'Angleterre. 

 

Parallèlement, et grâce au transport fluvial dans les deux sens, les villes de la Loire entretiennent des échanges commerciaux intenses. Dans la partie aval, Nantes y joue un rôle central. Son "hinterland" s’étend très loin en amont, jusqu’à Orléans, jusqu’où portent les vents d’ouest. Son port maritime approvisionne le bassin de la Loire en sel et en produits des colonies (café, sucre). Orléans est un relais vers Paris, notamment pour les vins rouges (via le canal de Briare et le Loing, affluent de la Seine), l’Est et le Lyonnais. En sens inverse, Nantes reçoit de tout le bassin ligérien beaucoup de blé et de tuffeaux de l’Anjou, du bois, du vin (les vins blancs) et de nombreuses autres marchandises.

Pour en savoir plus : Galerie "De cave en port" >>

LE PORT DE NANTES, QUAI DES NÉGOCIANTS, VUE PRISE DEPUIS L’ÎLE GLORIETTE
Dessin lavé à l'encre de Chine
Attribué à Nicolas Ozanne
XVIIIème siècle
Musée Thomas Dobrée, Nantes / 4
BACCHANALE II
Pablo Picasso, 1955
Lithographie sur papier vélin d'Arches, 48 x 63 cm / 2

* Nantes était fortement concurrencé sur le marché breton par le commerce du vin d'Aquitaine depuis les vignobles bordelais jusqu'aux ports de déchargement et leur aire de redistribution chez les particuliers et dans les tavernes. La province de Bretagne représente en effet la part la plus importante de ce marché dans le royaume de France tout au long du XVIIIème siècle. Ce sont principalement des vins de Bordeaux, de Bourg, de Blaye et de Libourne qui contentent le goût des consommateurs bretons pour les boissons alcoolisées. Les grands ports tels Nantes et Lorient sont des lieux d'éclatement qui permettent de réexpédier le vin d'Aquitaine vers les marchés européens et ultra-marins, tandis que les ports secondaires tels Redon, Vannes et Quimper jouent un rôle d'entrepôt régional. Les petits caboteurs blayais, plassacois et bretons acheminent le vin de Bordeaux vers les ports bretons. Les voituriers par eau et par terre s'occupent ensuite de la distribution sur les lieux de consommation (Source : Bordeaux et la Bretagne au XVIIIème siècle, Les routes du vin, Hiroyasu Kimizuka, 2015, Presses universitaires de Rennes).

De gauche à droite : Un homme buvant du vin à une outre, Francisco de Goya, ca. 1812-1820, 20,5 x 14,3 cm, MET, New-York / Femmes au cep, Auguste Renoir, 1904, 26,7 x 37 cm, Suite de lithographies publiées par Amboise Vollard en 1919

DAUMIER : CARICATURES

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