09.07.2019

Le vin et la vigne dans la sculpture et en architecture

RELIEF VOTIF D'UR-NANSHE, ROI DE LAGASH (détail)
Dynasties archaïques III, c. 2550 - 2500 av. J.-C.
Tello, ancienne Girsu
Musée du Louvre, Paris / 1

Il Y A 4 500 ANS, LE ROI D'ÜR PORTE UN TOAST

 

1/ Parmi les réalisations caractéristiques de l'art des dynasties sumériennes archaïques figurent des plaques sculptées en bas-relief et perforées en leur centre. Généralement taillées dans une pierre tendre telle que le calcaire, ces plaques sont ornées d'un motif narratif sculpté, organisé selon un découpage en registres superposés. La perforation centrale était vraisemblablement destinée à fixer la plaque au mur à l'aide d'une cheville, au sein de l'espace votif d'un sanctuaire... Ur-Nanshe est le souverain de l'État sumérien de Lagash, une des cités-États qui, au IIIe millénaire, se partageaient la grande plaine alluviale de Mésopotamie méridionale... Il est considéré comme le fondateur, vers 2500 av. J.-C., de ce qu'il est convenu d'appeler la première dynastie de Lagash... Son inauguration par Ur-Nanshe est marquée par la réalisation de nombreux ouvrages architecturaux, tant civils, que religieux. Des sanctuaires sont ainsi édifiés en l'honneur de chacune des grandes divinités du pays (source : Musée du Louvre).

 
C’est ainsi qu’au registre inférieur, le souverain de Lagash apparaît entouré de ses fils et de hauts fonctionnaires. Assis un gobelet à la main, Ur-Nanshe préside un banquet rituel qui commémore la construction du temple Le roi et son entourage immédiat boivent du vin. Ceci n’est pas sans rappeler le roi (le même souverain ?) qui fête la victoire avec ses frères d’armes (L’Étendard d’Ür) >>). Dans les deux cas, avant la lettre, le roi porte un toast.

 

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GRAPPES DANS LA VIGNE (détail d'un bloc de pierre)
En provenance d'Armana, site archéologique d'Akhetaton ?
Règne d'Akhenaton, XVIIIème dynastie, ca. 1353-1336 av. J-C
Pierre à chaux, traces de peinture, H. 23 cm
Metropolitan Museum of Art, New-York / 1 bis
PRISE DE LAKISH, DEPORTATION DES JUIFS
Palais de Sennachérib
700-681 av. J-C
Bas-relief
British Museum, Londres / 2
LE TRIOMPHE DE DIONYSOS ET DES SAISONS (cliquez sur l'image)
Sarcophage en marbre
ca. 260-270
The Metropolitan Museum of Art, New York / 3
LA CÈNE
Sculpture en haut relief
Pierre de Chelles, 1300/18
Clôture du chœur, coté nord, Notre-Dame de Paris

LE VIN EST LE COMPAGNON DES PHARAONS

 

1bis/ Au pays des pharaons, nul ne pouvait accéder au royaume des morts sans être muni d’une réserve de nectar. Le vin n'est pas un sujet aussi profane qu'on pourrait l'imaginer, car le vin (rouge) est assimilé au sang du dieu Osiris, tué et dépecé par son frère Seth. Enfin, comme déjà dit à propos des fresques de l'ancienne Egypte, le vin favorise l'ivresse et donc l'amour et la sexualité.

 

Lors de la découverte du tombeau de Toutankhamon, mort en 1352 avant notre ère, les archéologues découvrirent vingt-six amphores vinaires parmi le mobilier funéraire qui entourait la momie. Les étiquettes et les sceaux portés par ces jarres indiquaient la date de leur fermeture, leur lieu d’origine, et la nature du produit qu’elles renfermaient. On apprend notamment que sept d’entre elles provenaient de propriétés du pharaon dans le delta du Nil, et seize autres du domaine royal de la maison d’Aton (le nom de ce dieu solaire est utilisé pour désigner les vignobles des rois Amenhotep III et Akhenaton, qui ont précédé Toutankhamon). Les millésimes des vins y figuraient également, ainsi que le nom des responsables et des chefs de la vinification, parmi lesquels un certain Kha, responsable de la production du domaine d’Aton et du domaine de Toutankhamon et qualifié de « gardien des secrets de la chambre des vins », ce qui tend à montrer que ce poste était très important et faisait l’objet de considération. Pour preuve cette inscription déchiffrée sur une des amphores : « An 4, Vin doux du Domaine d’Aton, vie, prospérité, santé, du fleuve de l’Ouest - Vigneron : Kha ». Les mentions portées sur les amphores font également référence à la qualité du vin : certaines signalent une « très bonne qualité ». D’autres tombeaux datés de cette même période dite « du Nouvel Empire » (du XVIème au XIème siècle avant notre ère) sont ornés de décors représentant les différentes étapes de la fabrication du vin, de la conduite de la vigne en treille à la fermentation du jus, en passant par les vendanges et le pressage des raisins. Il s’agit de celui de Nakht (TT52), scribe et astronome d’Amon, situé à Gourna, et de celui de Sennefer (TT96), également appelée « tombe aux vignes » (XVIIIème dynastie, c’est-à-dire de -1550 à -1292). Source: INRAP

LA VIGNE FAIT TRÈS NATURELLEMENT PARTIE DU DÉCOR

 

2/ Le Siège de Lakish, qui se déroula en -701, opposa l'armée assyrienne au royaume de Juda. La victoire fut assyrienne et les habitants de Lakish massacrés, ou déportés, comme ici. Ce bas-relief ornait à Ninive, avec bien d’autres, les murs du palais du vainqueur, Sennachérib. Il est aujourd’hui exposé au British Museum à Londres. La vigne fait très naturellement partie du décor. La vigne y était conduite en hautain : elle est en quelle que sorte mariée à un arbre qui lui sert de tuteur, ses sarments s'accrochant aux branches.

FEUILLES DE VIGNE
Bas-relief, Palais de Sennachérib, 700-681 av. JC - British Museum, Londres

 

D’autres bas-reliefs, très nombreux, révèlent que quantité de palmiers, de vignes et de figuiers poussaient sur les collines avoisinantes. 

BACCHUS DANS L'ART FUNÉRAIRE ROMAIN

3/ Ce sarcophage est un très bel exemple de l'art funéraire romain, affichant toute la virtuosité de l'atelier où il a été sculpté. Le marbre provient d'une carrière dans la Méditerranée orientale et a probablement été envoyé à Rome, où il a été travaillé. Seule une personne très riche et puissante aurait été en mesure de commander et d'acheter un tel sarcophage. Il a probablement été fait pour un membre de l'une des vieilles familles aristocratiques de Rome. Le sujet - le triomphe de Dionysos et les saisons -  n'a vraisemblablement pas de signification particulière pour le défunt.

LA DERNIÈRE CÈNE A NOTRE-DAME DE PARIS

4/ A Notre-Dame, un mur de clôture sculpté sépare le déambulatoire (la zone de circulation) de l’intérieur du chœur où se tenaient les chanoines pour la prière.  Il n’en subsiste plus guère que la clôture, du moins une partie de la clôture, enrichie de sculptures en haut-relief encore couvertes de leurs anciennes couleurs. Au nord, sont sculptées les scènes de l’enfance et de la vie publique du Christ et les premières scènes de la Passion.

N-D de Paris, clôture sud du choeur

NOTRE-DAME DE PARIS, CLÔTURE SUD DU CHŒUR (cliquez l'image pour l'agrandir)

L'IVRESSE DE NOE
Filippo Calendario
ca. 1350
Palazzo Ducale, Venise / 4
L'AUTOMNE (LES SAISONS), détail
Jean Goujon
1548-1560
Musée Carnavalet, façade ouest, Paris / 5
BACCHUS AU RAISIN
Mascaron en pierre sur la clef de voute d'un arc de porte
Bordeaux / 6

La fonction de ce mur est évidente : procurer aux chanoines un minimum de calme. Les fidèles de jadis étaient moins nombreux que les visiteurs d'aujourd’hui, mais, semble-t-il, plus bruyants. 

AVEC NOE, UNE IVRESSE INVOLONTAIRE

4/ L’ivresse de Noé est involontaire, les effets du vin étant encore inconnus. L’ivresse de Noé ne saurait donc lui être imputée comme un péché. La Bible nous raconte que l'un de ses fils profita de son ivresse pour se moquer de sa nudité, tandis que les deux autres la couvrirent respectueusement d’un manteau. Si l’on se souvient qu’Adam marque le début de la préhistoire humaine et Noé la fin de la préhistoire humaine, on remarque que cet épisode est construit en parallèle avec la nudité d’Adam (Genèse, 3,7). La nudité, symbole de la fragilité morale, devient avec les fils de Noé l’objet d’une vertu humaine : la délicatesse.

BACCHUS REPRESENTE L'AUTOMNE

5/ Dans la cour de l'hôtel Carnavalet (qui abrite à Paris  le musée du même nom), la façade est ornée entre les fenêtres du premier étage de quatre grands bas-reliefs, les Saisons. Ils sont surmontés des signe du zodiaque correspondants, la balance pour l'Automne représenté très traditionnellement par Bacchus.

LES SAISONS, Jean Goujon

Jean Goujon est l’un des sculpteurs les plus importants de la Renaissance française. Rompant avec la tradition des imagiers français, il est l'un des premiers artistes dont l'œuvre s'inspire directement de l'art antique et de la Renaissance italienne qu'il a étudiés personnellement en Italie.

A BORDEAUX ET STRASBOURG, MASCARON PEUT RIMER AVEC BACCHUS

6/ En architecture, un mascaron est un ornement représentant généralement une figure humaine parfois effrayante dont la fonction était, à l'origine, d'éloigner les mauvais esprits afin qu'ils ne puissent pénétrer dans une demeure. Ils sont souvent apposés sur la clef de voûte des arcs des fenêtres ou des portes ou sur les linteaux. Nombre d’entre eux reflètent l’histoire de la ville avec, notamment, la reproduction de Bacchus en référence avec le commerce du vin. S'ils ont fait une entrée une entrée timide à Bordeaux aux XVIème et XVIIème siècles. Leur mode explose au XVIIIème siècle, un siècle d'or pour la ville de Bordeaux. Cette prospérité provient essentiellement du port de la Lune qui va devenir un des premiers ports du royaume. Avec les grands travaux des années 1860, les mascarons refont une apparition sur les constructions édifiées sur les voies nouvelles dont les immeubles témoignent souvent d'un goût marqué pour le style Louis XV. Au final, Bordeaux en présente plus de 3.000 qui participent à l'ornementation des façades et des fontaines de la ville. Environ 1.000 datent du XVIIIème.

L'AUTOMNE (BACCHUS), série des Saisons, auteur anonyme, 1735-17326 - Palais Rohan, Strasbourg

A Strasbourg, au Palais Rohan, les mascarons du rez-de-chaussée de la façade sud se situent sur les baies en plein cintre, selon la tradition de Versailles. Bacchus y représente à nouveau l'automne, il est orné de pampres de raisin noués sous le menton.

SCÈNES DE TAILLE DE LA VIGNE ET DE VENDANGES AU MOYEN-ÂGE

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 1/ Foulage de la vendange dans une cuve de bois cerclée, Eglise de Fenioux, XIIème siècle.  2/ Archivolte du portail, calendrier zodiacal, et calendrier des saisons, vendanges, église romane du XIIème siècle de Civray, Poitou. 3/ Chapiteau peint du XIIème siècle, église romane St-Pierre de Mozac, Puy-de-Dôme (pour l'Inrap - Institut national de recherches archéologiques préventives - il s'agit de maraudeurs dans la vigne qui récoltent le raisin qui ne leur appartient pas avant que les vignerons n'interviennent une fois le ban des vendanges levé). 4/ Chapiteau roman du XIIème siècle provenant de l'ancienne église abbatiale bénédictine de Moutiers-St Jean (Côte-d'Or), démolie au XIXème, et conservé au Musée du Louvre.

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1/ Balance et Septembre, calendrier zodiacal, troisième voussure du portail, 1130-1135, Cathédrale Saint-Lazare, Autun. 2/ Zodiaque et travaux des mois, mars, paysan taillant la vigne, tympan central du narthex, 1120-1130, Basilique de Vézelay 3/ Vendanges, médaillon d'une série de médaillons quadrilobés, présentant un calendrier agraire établissant une correspondance verticale entre les signes du zodiaque et les travaux des mois, soubassement gauche du portail Saint-Firmin, 1220-1230, Cathédrale d'Amiens. 4/ Archivolte du portail principal de la Basilique Saint Marc à Venise (1235-1245).

LE VIN DES ARTS

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