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18.11.2019

Le vin s'invite dans la vie politique

"Concert Féminin au Palais Philarmonique", Francesco Guardi, 1782 - Alte Pinakothek, Munich | Vin et politique | Vie sociale | De boire en savoir-boire | Vin et Peinture | MVV Le Musée Virtuel du Vin

 

CONCERT FEMININ AU PALAIS PHILARMONIQUE
Francesco Guardi (1712-1793)

1782

Alte Pinakothek, Munich

 

Depuis toujours, les vins d’honneur font partie de la vie politique. Dans la mythologie grecque, Ulysse, roi d’Ithaque, offre du vin aux princes chez qui son navire fait escale : dans les banquets du Moyen-Âge, les convives se « portent des santés » en vidant leurs coupes et les bordeaux et les champagnes mousseux trouvent au XVIIIe siècle leur consécration Outre-Manche comme vins d’honneur.

La République de Venise, avant d’être vaincue par Bonaparte en 1797, n’est pas en reste. Son rayonnement est à son apogée, c’est la ville européenne la plus élégante et la plus raffinée de l’époque. Quelques années plus tard, le vénitien Francesco Guardi nous convie à un Concert féminin au Palais Philarmonique.

Le fils de Catherine II de Russie, le tsarévitch Paul  Petrovitch et sa seconde femme Maria Teodorovna sont en visite à Venise. Pendant toute une semaine, ce ne sont, comme à l’habitude, que festivités comme pour exorciser le déclin politique et économique de la Sérénissime. L’une des réceptions organisées en leur honneur, « una magifica festa da ballo », au théâtre philarmonique de S. Benedetto, est animée par le célèbre ensemble orchestral et vocal des orphelines de la Pieta. Des verres de vin sont proposés à l’assemblée : un vin rouge pâle de niebolo, cépage de choix du Piémont ?

Suggestion : Wolfgang Amedeus Mozart, Rondo pour piano et orchestre K. 382 en ré majeur (1782). Œuvre écrite la même année que celle peinte par Guardi.

Dès l'Antiquité, les banquets et leur représentation sont des outils politiques. Les banquets assoient les légitimités et fédèrent les sujets, les amis et les alliés.

XVIème et XVIIème SIÈCLES

LE BANQUET DE SYPHAX
Alessandro Allori, 1578-1582 - Villa Medici, Poggio a Caiano / 1
CAMP DU DRAP D'OR
Ecole anglaise, 1545 - Royal Collection Trust, Royaume-Uni / 2
PORTRAIT DE SIR HENRY UNTON (détail)
Artiste anonyme, c. 1596 - National Portrait Gallery, Londres / 3
LE BANQUET DES MONARQUES
Alonso Sánchez Coello, 1579 - National Museum, Varsovie, Pologne / 4
BANQUET DES ARBALÉTRIERS DE LA GARDE CIVILE D'AMSTERDAM CÉLÉBRANT LE TRAITÉ DE MÜNSTER (1648)
Bartholomeus van der Helst, 1648 - Rijksmuseum, Amsterdam, The Netherlands / 5
BANQUET EN PLEIN AIR POUR HENRI IV ET SA FAMILLE
Anonyme, c. 1619 - Musée des Beaux-arts, Nantes
LORD BERKELEY AVEC LE DUC DE KINGSTON ET LE COMTE DE BURLINGTON Godfrey Kneller, 1663-1697 - Coll. particulière ? / 7
PREPARATION D'UN DÎNER EN L'HONNEUR DE LOUIS XIV
Nicolas de Largilliere, 1683 - Musée de l'Ermitage, St Pétersbourg / 8

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1/ Scipion, venant de Carthage, fut surpris de rencontrer Hasdrubal à Siga (cité antique, située dans l'actuelle Algérie), à la cour du prince Syphax. Tous deux cherchent une alliance. Syphax propose ses bons offices pour trouver une solution pacifique au conflit qui les opposait et qui devait déboucher sur la deuxième guerre punique. Les textes de l’époque nous disent qu’à défaut de réunir les deux ambassadeurs autour d’une table de négociation, il réussit à les faire asseoir ensemble autour d’un banquet (206 av. J-C.).

 

2/ La célèbre entrevue du Camp du drap d’or entre Henri VIII et François Ier se déroule en 1520 aux confins du royaume de France, dans l’enclave anglaise de Calais. A droite de la toile figure une représentation du palais éphémère dans lequel le roi d’Angleterre a résidé durant l’entrevue. La foule est venue pour admirer les tentes, assister aux divertissements et profiter des faveurs qui leur sont faites, comme ces deux fontaines à vin rouge (devant la résidence d'Henri VIII).

3/ Cette œuvre allégorique (détail), relate « post mortem » les étapes marquantes de la vie de Sir Henry Unton, ambassadeur de la reine Elizabeth auprès d’Henri IV. Elle a été commandée par sa veuve. Il préside ici un banquet et festoie en compagnie de ses hôtes. Comme il est de coutume à l’époque, il n’y a aucun verre sur la table : un serviteur placé à l’arrière-plan auprès d’une table où reposent carafes et verres. Il est chargé de faire le service du vin à la demande.

4/ Ce banquet princier rassemble trois génération de la maison des Habsbourg : l'empereur Charles Quint (1500-1558), son fils Philippe II (1527-1598) et sa petite-fille l'archiduchesse Isabelle (1566-1633). Si ce banquet ne peut être que fictif, il représente l'autorité souveraine. Tout sert un discours construit autour de la légitimité de la succession de l'Infante.

5, 7 et 8/ Commentaires prochainement disponibles

XVIIIème et XIXème SIÈCLES

LA REINE CLEOPHIS OFFRANT DU VIN A ALEXANDRE LE GRAND APRES SA CONQUÊTE DE MAZAKA Gerard Hoet, c. 1701 ? - Rijksmuseum, Amsterdam
FÊTE ÉLECTORALE
William Hogarth, 1754 - Sir John Soane's Museum, Londres / 2
BANQUET AU CASINO NANI SUR l'ÎLE DE LA GIUDECCA
Ecole de P. Longhi, 1755 - Ca' Rezzonico, Venise / 3
LE FESTIN DU SACRE DE LOUIS XV
P-D. Martin, 1724 - Mus. de l'Hist. de France, château de Versailles / 4
LE DERNIER BANQUET DES GIRONDINS
H-F-E. Philippoteaux, c. 1850 - Mus. de la Révol. française, Vizille / 5
FESTIN DU MARIAGE DE NAPOLÉON Ier ET DE MARIE-LOUISE
Alexandre Dufay (dit Casanova),1812 - Château de Fontainebleau / 6
LE BANQUET DE WATERLOO, 1836
William Salter, 1836 - Collection particulière / 7
SOUPER À VERSAILLES EN L'HONNEUR DE LA REINE D'ANGLETERRE
Eugène Lami, 1855 - Châteaux de Versailles et de Trianon / 8
FÊTE AUX TUILERIES POUR CÉLÉBRER LA MARIAGE DE LÉOPOLD I
Louis Marie Baptiste Atthalin, 1832 - Musée Carnavalet, Paris
BANQUET DES DAMES DANS LA SALLE DU SPECTACLE DES TUILERIES, EN 1835 Eugène-Emmanuel Viollet-Le-Duc, c. 1835 - Musée Carnavalet, Paris
FETE OFFICIELLE AU PALAIS DES TUILERIES PENDANT L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867 H. Baron, 1868 - MN du palais de Compiègne / 11
LA DISCUSSION POLITIQUE
Émile Friant, 1889 - Collection particulière / 12

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2/ Alors que l’heure de la Révolution française n’a pas encore sonné, les Anglais sont depuis longtemps appelés à élire leurs représentants au Parlement.  Dans la Fête électorale dépeinte par William Hogarth, les whigs (libéraux) donnent un banquet tandis qu'à l'extérieur se déroule la parade des tories (conservateurs). Autour de la table, les distinctions sociales s'effacent. Ou plutôt semblent s’effacer. Tous sont fortement ivres. le dîner de campagne s'est transformé en émeute. A gauche, un candidat du parti whig cherche à obtenir les faveurs d'une vieille femme ; un second candidat, juste derrière lui, est bien contre son gré embrassé par plusieurs ivrognes. À l'autre bout de la table, le maire de la ville s'effondre après s'être gavé d'huîtres. La scène est même violente : à droite, des responsables tentent de barricader la porte contre une foule d'électeurs tories massés à l'extérieur, et le secrétaire du parti, comptant les votes, est frappé à la tête par une brique lancée de l'extérieur par la fenêtre. Par dessus tout, le portrait du roi a été lacéré !

 

3/ Le Banquet au Casino Nani sur l'île de la Giudecca à Venise est donné en l’honneur de Clément-Auguste, duc de Bavière, Prince-Electeur archevêque de Cologne, le 9 septembre 1755.

3/ La scène a lieu dans la grande salle du palais épiscopal du Tau à Reims, le 25 octobre 1722. Elle représente le "festin du sacre", banquet donné suite au couronnement de Louis XV alors qu'il n'a que douze ans. Il est assis au premier plan, le visage tourné vers le spectateur. Il mange seul, entouré de dignitaires. Sa table, installée sur une estrade et placée sous un dais, domine le reste de l’assemblée. Une file de valets l’approche, passant entre  les quatre autres tables où se tient le reste des convives. Des aristocrates assistent au banquet à la périphérie de la pièce ou depuis un balcon. On constate que le peintre s’est attaché à fidèlement reproduire la salle, y compris en incluant les peintures accrochées aux murs. Le jeune roi est séparé des autres convives répartis en quatre tables selon une répartition précise : viennent en premier les pairs laïcs et ecclésiastiques, puis, dans le fond de la pièce, les « honneurs » (membres de la Maison du Roi, chevaliers du Saint-Esprit, etc.) et les membres de la diplomatie. Si ces tables sont servies par des notables locaux vêtus de noir, le roi était servi en grande pompe par un cortège d’une vingtaine de serviteurs et de dignitaires précédés de musiciens. Le service à la française impose que soient installés sur les tables de multiples plats copieusement fournis ; chaque invité s’y sert à loisir et les restes, importants et présentables, sont servis, à l’hôtel de ville, aux grands officiers, aux différents acteurs du Sacre, aux notables locaux. Les mets sont ici absents puisque nous sommes entre deux services.

5/ A la veille de leur exécution, le 31 octobre 1793, les vingt Girondins ont pris un dernier repas simple, accordé à tous les condamnés à mort.

 

6/ Après la cérémonie religieuse du mariage de Napoléon Ier et de Marie-Louise et la parade de la garde, a lieu le grand couvert, repas que le souverain prend en public avec sa famille aux Tuileries. Assis au centre, Napoléon invite de la main Marie-Louise à se servir. Les membres de la famille impériale sont placés suivant leur rang sur des tabourets de part et d’autre du couple impérial. La table est dressée avec le grand vermeil et le surtout du service de l’Empereur composé de pièces réalisées d’après l’antique en biscuit de porcelaine blanche de Sèvres. Des carafes d’eau et de vin sont disposées devant les convives qui se font servir tandis que les plats leur sont apportés après découpe. Ce banquet ne dura pas plus d'une vingtaine de minutes. Ce banquet dura une vingtaine de minutes. Selon l’officier Coignet, spectateur du grand couvert, « on ne soufflait pas mot. Il ne fut permis de parler que lorsque le souverain maître adressa la parole à son voisin. Si c’est imposant, ça n’est pas gai » (source : Histoire par l'image).

 

7/ Le 8 juin de chaque année, le duc de Wellington conviait à un banquet tous les officiers qui avaient participé avec lui à la bataille de Waterloo et à qui il s'adressait. Cette célébration de la victoire avait lieu dans la « Galerie de Waterloo », aménagée à l’intérieur de sa maison "Apsley House", près de Hyde Park Corner, à Londres.

 

8/ La visite officielle de la reine Victoria à Paris, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, scella le rétablissement des relations entre la France et l’Angleterre. Le programme du séjour de Victoria, du prince Albert et de leurs enfants, fut établi par Napoléon  III lui-même. Les monarques alternèrent visites de musées et de monuments, réceptions et cérémonies officielles et se rendirent par trois fois à l’Exposition universelle*. Enthousiasmée par la beauté de la capitale, la souveraine fut également impressionnée par le faste qui prévalait à la cour impériale et notamment lors du souper organisé dans la salle de l’Opéra au château de Versailles le 25 août, auquel elle assista depuis la loge impériale : « Le spectacle était vraiment magnifique », écrivit Victoria, « la scène entière était couverte, et quatre cents personnes avaient pris place à quarante petites tables de dix couverts, chacune présidée par une dame de qualité et habilement composée – selon la volonté de l’Impératrice. Tout était magnifiquement éclairé par d’innombrables lustres et décoré de guirlande de fleurs. […] C’est l’une des scènes les plus belles et les plus majestueuses auxquelles nous ayons jamais assisté ». Le souper fut précédé par un feu d’artifice et par un bal dans la Galerie des Glaces.

11/ La fête impériale ne cesse de jeter ses feux tout au long du règne de Napoléon III. Les réceptions se succèdent dans des lieux somptueux au décor raffiné, telles les salles redécorées du Louvre ou des Tuileries. Chaque visite protocolaire justifie des réceptions auxquelles se presse une élite internationale et élégante. Elles sont pour Napoléon III un moyen efficace de séduire et de contrôler les élites traditionnelles, qui a priori lui étaient hostiles.

12/ Commentaire prochainement disponible

* Celle dite de 1855, bien connue des amateurs de grands vins de Bordeaux. Tout comme son nom l’indique, le classement de 1855 fut établi cette année-là, suite à la demande de Napoléon III, pour l’exposition universelle de Paris. Le but de cette exposition était de rassembler tous les produits qui faisaient  la fierté de la France. Ainsi Napoléon III fit la demande à la Chambre de Commerce de Bordeaux, qui l'a retransmise à la Chambre syndicale des courtiers en vins de Gironde, d'établir une classification officielle des vins de Bordeaux afin de faciliter les transactions commerciales. Les courtiers établirent un classement en fonction du prix (le cru classé étant le plus cher...), associé naturellement à la réputation du cru. Tous les rouges venaient de la région du Médoc sauf le Château Haut-Brion produit dans les Graves. Les blancs furent limités aux Sauternes et Barsac liquoreux. Deux particularités sont à souligner : ce classement n'a jamais été modifié et s'applique à des propriétés dont aujourd'hui, 160 ans après, le périmètre, l'encépagement et les conditions de culture ne sont pas, le plus souvent, les mêmes).

FÊTE EN L'HONNEUR DU ROI
Fête donnée à Louveciennes en l'honneur du Roi
Jean-Michel Moreau, 1771 - Musée du Louvre, Paris
LE ROI BOIT A LA SANTE DE LA NATION
"Louis XVI avoit mis le Bonnet rouge" ; journée du 20 juin 1792
SALLE DES FÊTES A L'HÔTEL DE VILLE
Banquet des officiers de la marine Russe, dans la salle des fêtes à l'Hôtel de Ville. Fêtes Franco-Russes à Paris, le 19 octobre 1893
BANQUET DES MAIRES, 22.500 COUVERTS
À Paris, le Banquet des maires de France en 1900
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LE VIN COMPAGNON DE LA VIE SOCIALE, LES GALERIES

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