11.07.2019

Le vin est l'allié de la séduction et du plaisir amoureux

"La Jeune fille au verre de vin (La Dame et deux messieurs)", Vermeer, c. 1659/60 - Herzog Anton-Ulrich-Museum, Braunschweig | Amour et séduction | Vie sociale | De boire en savoir-boire | Vin et Peinture | MVV Le Musée Virtuel du Vin

 

LA JEUNE FILLE AU VERRE DE VIN (LA DAME ET LES DEUX MESSIEURS)

Johannes Vermeer (1632-1675) 

c. 1659-1660

Herzog Anton-Ulrich-Museum, Braunschweig

 

En tant qu'incarnation du vice, les femmes buvant du vin constituent un motif essentiel de l'oeuvre de Vermeer. Dans un style élégant et raffiné, il peint la vie intime de femmes silencieuses et intemporelles à qui il donne une impression de naturel qui émeut. Il va consacrer sept de ses œuvres aux effets, sinon méfaits, du vin (sur un total de seulement trente-cinq connues). Dans celle-ci et les cinq autres de cette mini-galerie qui lui est dédiée, le vin est très clairement désigné comme l’instrument de la séduction à qui il donne toute sa saveur (la sixième, La Jeune femme endormie,  traitant des méfaits d'une consommation immodérée de vin). De nombreuses peintures de cette époque représentent des femmes qui se laissent séduire par le vin et par les hommes, comme dans l'Homme offrant un verre de vin à une femme de Pieter de Hooch (cf. ci-dessous).
 
"Le vin est comme un philtre d’amour qui peut avoir deux sortes d’effets, soit un amour extrême et insensé, soit un état de mélancolie paralysante. L’homme assis à la table, en a apparemment bu, lui aussi, car son attitude est mélancolique. L’homme qui se trouve au milieu fait peut-être office d’intermédiaire et ce, en l’absence de l’époux, car le tableau placé sur le mur représente un homme regardant, non par hasard, la jeune femme de haut. Ce qui se passe ici est la préparation d’une relation amoureuse secrète."

La séduction semble plus forte que dans les autres toiles de Vermeer traitant du même sujet, la jeune femme détourne son regard de la fenêtre, mais cette fois-ci la jeune femme semble encore hésiter. Va-t-elle succomber ? La jeune fille ne regarde-t-elle pas, dans une glace, son ami fâché accoudé à la table du fond ? Ou bien nous prend-elle à témoin, Vermeer plaçant son personnage - comme le spectateur - à la croisée des interprétations ? Il est également probable qu'elle ne veuille pas porter son regards sur le quatre-feuilles de la fenêtre à demi ouverte (cf. ci-dessous : cliquez sur l'image pour voir le vitrail en son entier). Il illustre la Temperantia, la tempérance, l'une des vertus cardinales, avec ses attributs, l'équerre pour agir justement, et la bride pour maîtriser les passions. Derrière les apparences, tout est mystère dans cette représentation de l’alliance de l’amour et du vin. Le vin est ambré, le verre a des reflets de cristal, mais est ce suffisant ? Le citron posé sur une coupe en argent pourrait atténuer les effets du philtre d’amour.

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LE VERRE DE VIN (GENTILHOMME ET DAME BUVANT DU VIN)
Vermeer, GM, c. 1658-1660 - Gemäldegalerie, Berlin (2)
LE VERRE DE VIN (GENTILHOMME ET DAME BUVANT DU VIN)
Vermeer, c. 1658-1660 - Gemäldegalerie, Berlin / 1
SOLDAT ET JEUNE FILLE SOURIANT
Vermeer, c. 1658 - The Frick Collection, New York / 2

1/ Avec Le Verre de vin, l'homme espère bien que la prise de cet aphrodisiaque enlèvera toute résistance à cette femme, agissant comme un prélude à d'autres plaisirs. Le quatre-feuilles de la fenêtre est le même que celui de La Jeune fille au verre de vin. Il est comme un avertissement, la fenêtre se trouvant exactement dans l'axe du regard de la femme assise.

2/ Dans Soldat et jeune fille souriant, le vin est également l'instrument de la séduction.

LA LEÇON DE MUSIQUE INTERROMPUE
Vermeer, c. 1660-1661 - The Frick Collection, New York / 1
LA LEÇON DE MUSIQUE
Johannes Vermeer, c. 1662-1665 - Royal Collection, Londres / 2
CHEZ L'ENTREMETTEUSE
Vermeer, 1656 - Staatliche Kunstsammlungen, Dresde / 3

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1/ "Si dans Le Verre de vin (Gentilhomme et dame buvant du vin), le philtre d'amour est déjà lié à la musique (un divertissement musical a apparemment précédé cette scène comme une sorte de "mise à l'unisson" comme en témoignent le luth sur la chaise et les partitions sur la table), il en est de même dans La Leçon de musique interrompue. Mais cette fois-ci ce n'est pas le vin qui est mis en avant (le titre des œuvres est significatif à cet égard) : la jeune femme qui vient de poser son luth et sa partition sur la table, se consacre cette fois-ci à la lecture d'une lettre (vraisemblablement une lettre d'amour) que l'homme vient de lui remettre. Un verre de vin discrètement montré sur la table derrière la partition, est ici lié aussi bien à la joie qu'à la séduction. Non entamé, il nous indique que la relation amoureuse entre l'homme et la femme n'en est qu'à ses prémisses. Le jeune femme a d'ailleurs le regard tourné vers l'extérieur, ne sachant pas si elle doit lire ce message secret. Sur le mur du fond, est accroché un tableau de Cesar Van Everdingen : il suggère qu'il s'agit à nouveau d'un thème érotique, un cupidon y tendant un billet d'amour. Le motif, dérivé d'un livre à succès publié en 1608 et traitant des emblèmes amoureux, symbolise la fidélité à un seul amant : "Perfectus amor est nisi ad unum" ("Il n'y a d'amour parfait que pour un seul"). La jeune femme est donc sur le point d'enfreindre la fidélité conjugale que la société attend d'elle. La cage à oiseaux sur le mur montre comment elle doit se conduire : elle est le symbole de la captivité en amour" (Source : Norbert Schneider, Vermeer, Taschen). Amour et musique sont souvent associés dans la peinture hollandaise et le luth est une métaphore spécifique de l'amour impudique.

2/ Le vin est également de la partie dans cette Leçon de musique, avec un pichet en faïence, le même pichet que dans La Jeune fille au verre de vin et Le Verre de Vin. Il est en faïence, et non pas en porcelaine comme il est souvent dit par erreur, les céramistes ne disposant pas du kaolin nécessaire à la production de véritable porcelaine. La "faïence de Delft" est toute nouvelle et la bouteille ne se généralisera qu’au XVIIIème siècle.

 

3/ Chez l'entremetteuse , le véritable sujet est le commerce de l'amour. La jeune femme, dont les joues sont rougies par le vin, ouvre la main pour prendre la pièce que lui tend le cavalier au chapeau à plume, comme un acompte pour des services clairement attendus (n'hésitant pas a lui saisir la poitrine, ce qu'elle semble apprécier). Le vin aidant, il s'agit de la préparation d'une relation "amoureuse" extra-conjugale, l'entremetteuse vêtue de noir suivant avec attention la réussite de l'affaire" (Source : Robert Schneider, Vermeer, Taschen). Dans la peinture, les vieilles femmes sont souvent représentées en entremetteuses. En ce sens, le récit constitue également un avertissement à l'encontre des jeunes filles : mieux vaut ne pas leur adresser la parole. Les personnes âgées sont également là pour représenter l'idée que la vie passe rapidement et qu'il faut jouir du temps présent. Dans la peinture hollandaise, les plumes piquées dans les couvre-chefs évoquent les mœurs légères (tout comme les décolletés voyants et les bas rouges). 

Que l'amour soit fou, passionné, tranquille, de circonstance ou plus prosaïquement tarifé, le vin est souvent présent

AUX XVIème et XVIIème SIÈCLES

ALLÉGORIE DES CINQ SENS
Simon de Vos, 1640 - Collection particulière / 1
LE SENS DU GOÛT
Jan Bruegel l'Ancien et Rubens, 1618 - Museo del Prado, Madrid / 2
LA JOYEUSE COMPAGNIE
Dirck Hals, c. 1620-1630 - Collection particulière / 3
JOYEUSE COMPAGNIE
Gerrit van Honthorst, 1623 - Staatsgalerie, Schleissheim / 4
LA JOYEUSE COMPAGNIE
Jan Steen, c. 1660 - Szépmûvészeti Múzeum, Budapest / 5
JOYEUSE COMPAGNIE
Isaac Elias, 1629 - Rijksmuseum, Amsterdam / 6
JEUNE HOMME AVEC UNE FEMME DANS UNE AUBERGE ("Yonker Ramp and His Sweetheart") F. Hals, 1623 - Metropolitan Museum of Art, New York / 7
LE FILS PRODIGUE
Jan Sanders Hemessen, 1536 - Musées royaux des beaux-arts, Bruxelles
REMBRANDT ET SASKIA, SCÈNE DE L'ENFANT PRODIGUE
Rembrandt, c. 1635 - Gemäldegalerie, Dresde / 9
L'ARTISTE ET SA FEMME ISABELLA DE WOLFF DANS UNE TAVERNE
Gabriël Metsu, 1661 - Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde / 10
LE FILS PRODIGUE (ex SCÈNE DE BORDEL)
Gabriel Metsu, c. 1640-1649 - L'Ermitage, Saint-Pétersbourg / 11
LE FILS PRODIGUE
Christoffel Jacobsz van der Laemen, c. 1640 - Collection particulière / 12
L'ENTREMETTEUSE
Richard Brackenburg, fin XVIIème - Collection particulière
ARRIVÉE D'UN VISITEUR
Jan Steen, c. 1668 - Szépmûvészeti Múzeum, Budapest, Hungary / 14
CONVERSATION SENTIMENTALE
Quirijn van Brekelenkam, début 1660s - The Met, New York
HOMME OFFRANT UN VERRE DE VIN A UNE FEMME
Pieter de Hooch, 1653 - Ermitage, Saint Pétersbourg
UN HOMME ET DEUX FEMMES SOUS UNE PERGOLA
Pieter de Hooch, c. 1657-1658 - The Metropolitan Museum of Art, NYC
UNE FEMME BUVANT AVEC DEUX HOMMES
Pieter de Hooch, c. 1658 - National Gallery, Londres
LA VISITE
Pieter de Hooch, c. 1657 - The Metropolitan Museum of Art, New York
LA BUVEUSE
Pieter de Hooch, 1658 - Musée du Louvre, Paris
PERSONNAGES DANS UNE COUR A L’ARRIÈRE D'UNE MAISON
Pieter de Hooch, 1663-1665 - Rijksmuseum, Amsterdam
LE DÉJEUNER
Gabriël Metsu, 1660 - L'Ermitage, St Petersburg / 22
MANGEUSE D'HUÎTRES
Jan Steen, c. 1658-1660 - Mauritshuis, La Haye / 23
PORTRAIT DE HADRIAN BEVERLAND AVEC UNE PROSTITUÉE
Ary de Vois, ca. 1676 - Rijksmuseum, Amsterdam, The Netherlands / 24

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1 à 6/ Le vin, à faible dose, est souvent l’allié de la séduction, de l’amour, sinon de l’érotisme. Ne parle-t-on pas d’ivresse amoureuse et d’ivresse des sens ? Les peintres hollandais ont été au XVIème siècle les premiers à illustrer le rôle du vin dans la séduction. Les œuvres célébrant les cinq sens (thème cher aux classiques) n'échappent pas à cette nouveauté, que ce soit avec Le Sens du goût de Jan Breughel l’Ancien, avec une approche plus intellectuelle, ou avec  l’Allégorie des cinq sens de Simon de Vos. Dans ce dernier tableau, les cinq sens sont représentés à travers l’évocation d’une joyeuse compagnie et si le goût est représenté par des flacons de vin, la vue l’est par les amants se jetant un regard éperdu ; la musique étant aussi, bien sûr, de la partie. La Joyeuse compagnie est clairement illustrée chez Dirck Hals, Gerrit van Honthorst, Jan Steen et chez Isaac Elias. Dans chacune de ces œuvres, la significative association du vin, de la musique et de l’amour illégitime est mise en scène, avec une portée édifiante chez ce dernier. « Le proverbe auquel il est fait référence (« les parents boivent, les enfants trinquent ») dénonce des parents peu soucieux d’éduquer leurs enfants et de les protéger de leurs vices ».

 

De 7 à 12/ Comme bien d'autres peintres, Hemessen, Rembrandt, Metsu et Laemen reprennent la même thématique, mais cette fois-ci en faisant directement allusion à la parabole évangélique du Fils prodigue. Mais s'il faut retenir avant tout dans la Bible le retour de ce fils "perdu" qui devient un fils "retrouvé", les peintres préfèrent le plus souvent évoquer sa halte chez les courtisanes, la traitant comme une scène de genre. Le titre de l’œuvre Rembrandt et Saskia ou La scène de l’enfant prodigue à la taverne qui porte également le titre d’Allégorie de l’amour et du vin, est explicite et taverne signifie ici bordel (ce qui n'était pas rare à cette époque). Le tableau prend pour modèles Rembrandt (dans le rôle du fils prodigue) et Saskia, sa femme (dans celui d’une prostituée). Vin et amour vénal vont de pair et ont toujours illustré les « appétits terrestres » des hommes. Plus tard, au XIXème siècle, « les filles des maisons closes se feront offrir du champagne par leurs clients et seront tarifées par la sous-maîtresse en fonction du nombre de bouteilles payées. Il en sera de même dans certains établissements de nuit. Ces professionnelles boiront avec les clients, mais il leur arrivera souvent de vider subrepticement leur coupe dans le seau à champagne pour augmenter la consommation ».

14/ Commentaire à venir

23-22/ Avec Le Déjeuner (aujourd'hui ce serait le petit déjeuner), Gabriel Metsu nous montre les armes du séducteur : le vin et les huîtres, tous deux considérés à l'époque comme des aphrodisiaques. Avec une approche moins guindée, La Mangeuse d'huîtres est une jeune "coquette" qui connaît sans détour les effets de l'alliance du "jus des huîtres salées" avec le vin blanc. Aussi est-elle bien décidée à mettre tous les atouts dans ses futurs jeux amoureux et quelques huîtres supplémentaire sont en préparation. Comme pour ôter le moindre doute, Steen accentue la scène avec un autre indice : un lit aux rideaux fermés derrière la jeune femme.

24/ Commentaire à venir

DU XVIIIème AU XXème SIÈCLE

LA JOUEUSE DE LUTH
Williem van Mieris, 1771 - Wallace Collection, Londres / 1
L'AMOUR AU THÉÂTRE FRANÇAIS
Jean-Antoine Watteau, GM, 1712-1719 - Gemäldegalerie, Berlin / 2
LE REPAS ITALIEN
Nicolas Lancret, avant 1738 - Schloss Sanssouci, Berlin / 3
LES AMOUREUX
Jean-Marc Nattier, 1744 - Alte Pinakothek, Munich / 4
LA PARTIE CARRÉE
James Tissot, 1870 - Galerie Nationale du Canada, Ottawa / 5
PASTORALE (IDYLLE)
Paul Cézanne, 1870 - Musée d'Orsay, Paris
CHEZ LE PÈRE LATHUILLE
Edouard Manet, GM, 1879 - Musée des Beaux-Arts, Tournai / 7
LA COUPE DE L'OUBLI
Armand Berton, ca. 1890 - Musée des Beaux-Arts, Bordeaux
EN CABINET PARTICULIER (AU RAT MORT)
Toulouse-Lautrec, 1899 - Courtauld Institute, Londres / 9
SCÈNE DE BORDEL
Emile Bernard, 1888 - Van Gogh Museum, Amsterdam
AU CAFÉ
Emil Nolde, 1911 - Museum Folkwang, Essen, Allemagne / 11
HOMME ET FEMME À TABLE : ANGEL FERNÁNDEZ DE SOTO ET SON AMIE, détail - Pablo Picasso, 1902-1903 - Coll. part.
AUTOPORTRAIT AVEC SA FEMME ET UN VERRE À CHAMPAGNE
Lovis Corinth, 1902 - Collection particulière
TRISTAN ET ISEULT
Herbert James Drapers, 1901 - Collection particulière / 14
TRISTAN ET ISOLDE, détail
John Duncan, 1912 - City of Edinburgh Museums and Art Galleries / 15
TRISTAN ET ISEULT PARTAGENT LE PHILTRE D'AMOUR (détail)
John William Waterhouse, 1916 - Coll. part. / 16
DOUBLE PORTRAIT AU VERRE DE VIN
Marc Chagall , 1917-1918 - Centre Pompidou, Paris / 17
DEUX NUS DANS UN INTÉRIEUR
Ossip Zadkine, 1920 - Musée Zadkine, Paris

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1/ Commentaire prochainement disponible

 

2/ Avec le XVIIIème siècle, nous quittons l’univers hollandais. Watteau nous introduit dans celui des fêtes galantes chères à cette époque avec son Amour au théâtre Français. Une hypothèse crédible fait de cette scène la conclusion d’un intermezzo des Fêtes de l’Amour et de Bacchus, mis en musique par Lully, joué à Paris en 1706 et 1716, montrant la réconciliation entre Bacchus, l’acteur assis couronné de feuilles de vigne, et Cupidon, reconnaissable à son carquois de flèches, à qui il tend son verre pour trinquer. Le temps semble comme suspendu entre l’amour, la danse, la folie, l’ivresse et la réconciliation auxquels le vin contribue. Les flûtes sont vraisemblablement remplies de champagne, le vin des comédiens, déjà à la mode, bien avant que Madame Pompadour n'en fasse l'un de ses attributs et dont elle disait : "Le Champagne, c'est le seul vin qui laisse une femme belle après boire" (elle s'en faisait livrer deux cents bouteilles chaque année).
 
3-4/ Avec son Repas italien, Nicolas Lancret émule de Watteau nous plonge dans une scène champêtre de « libertinage aristocratique raffiné avec quelque bouteilles qui fraîchissent dans leur paniers ». Dans la même veine, Les Amoureux de Jean-Marc Nattier nous démontre sans équivoque combien amour et plaisir du vin relèvent l’un de l’autre.
 
5/ Au XIXème siècle en Angleterre, James Tissot dans sa Partie carrée nous convie à un pique-nique. A la différence de Manet et de son Déjeuner sur l’herbe dont il s’inspire, son œuvre se caractérise par un académisme qui atténue quelque peu le propos poursuivi si l’on en croit son titre évocateur.
 
7/ Le champagne, compagnon des grands moments, nous revient chez Le Père Lathuille de Manet, qui enchanta Huysmans au salon de 1880. Dans ce restaurant-jardin de l’avenue Clichy, il s’interpose entre les deux (futurs ?) amants.
 
9/ Connu pour son penchant pour les nuits parisiennes agitées, Toulouse-Lautrec nous montre ici Lucy Jourdain, une célèbre demi-mondaine accompagnée de son amant le baron de W. Le Cabinet particulier renvoie au genre de « petits salons que l'on peut réserver dans les meilleurs restaurants de Paris, qui évoque la luxure et se trouve souvent traité par les caricaturistes », souligne Danièle Devynck, la conservatrice en chef du Musée Toulouse-Lautrec d’Albi, avant d'ajouter : « L'œuvre fait référence à un café-restaurant où Toulouse-Lautrec se rend fréquemment à la fin des années 1890 ». 
 
11/ Avec Au Café, Emil Nolde dépeint la vie nocturne de la grande ville. « Ces dames, des cocottes berlinoises, accompagnent des bourgeois. Les personnages sont assis calmement, visiblement détendus, et malgré cela, le tableau contient une excitation pétillante (provoquée en partie par le vin peut-être) que l’on ressent aux coloris agressifs. Le regard que portent les deux hommes sur la femme crée l’atmosphère érotique de la scène ». Le vin y contribue-t-il ? Il y a bien un rafraîchissoir, mais est-ce pour autant du champagne cette fois-ci ?

 

14-15-16/ Tristan parvient à vaincre le géant et redouté Morholt. De retour auprès du roi Marc après cet exploit, il est prié de retrouver la fille aux cheveux d'or, dite Iseult, afin qu'elle épouse le roi. Sur le navire qui les conduit vers ce dernier, Tristan et Iseult, assoiffés, boivent par erreur un breuvage donné par la servante d'Iseult : c’est le philtre d'amour préparé par la reine d'Irlande (la mère d'Iseult) pour que le roi Marc et Iseult puissent se désirer et s'aimer passionnément et vivre ainsi un mariage d'amour. Suite à cette erreur, Tristan et Iseult vont éperdument s’aimer.
 
17/ L'une des plus exaltantes formes amoureuses est celle de l’amour fou, célébré ici par Marc Chagall dans son Double portrait au verre de vin. Le vin y abolit les lois de l’apesanteur. Chagall glorifie la félicité de son union avec Bella. « Toute la composition respire la gaieté : le déchaînement dionysiaque des corps et des sens, évoqué par le verre de vin brandi par le marié, sa main espiègle aveuglant la jeune épousée qui, sous sa virginale robe de mariée largement décolletée, porte des bas violets ». Le tout illustre le pouvoir terrestre et surnaturel de l’amour. L’ange auréolé de disques verts veille sur le couple et participe de cette poétique à la fois sensuelle et mystique.

PLAISIRS ET AMOUR AU MOYEN-ÂGE DANS LES MANUSCRITS ILLUMINES

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Technique picturale (au même titre que la fresque ou la peinture de chevalet), l'enluminure est reine au cours du Moyen-Age. Exécutée à la main, elle décore ou illustre un texte, généralement un manuscrit. Si jusqu'au XIIème siècle les manuscrits sont copiés dans les établissements ecclésiastiques, principalement les abbayes, où ils servent à célébrer le culte et à nourrir la prière et la méditation ; à partir du XIIIème, un artisanat et un marché laïcs se développent avec l'essor de l'université et des administrations et l'émergence d'un nouveau public amateur de livres.

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