En haut : Allégorie de la gourmandise

dite La Nef des fous

 

Jérôme Bosch, GM (1450-1516)

c. 1495-1500

Huile sur panneau, 58 x 33 cm

Musée du Louvre, Paris

             En bas : Allégorie de l'intempérance

dite Allégorie de la gloutonnerie  

 

Jérôme Bosch, GM (1450-1516)

c. 1495-1500

Huile sur panneau, 36 x 32 cm

Yale University Art Gallery, New Haven

L’Allégorie de la gourmandise (dite La Nef des fous) est le fragment du volet gauche d'un triptyque au centre perdu. Coupé en bas, le tableau du Louvre se raccorde exactement à un autre fragment conservé à la Yale University Art Gallery de New Haven (Allégorie de l’intempérance, dite Allégorie de la gloutonnerie, en fait plutôt l’allégorie de l’ivresse et de la luxure). 

Il est probable que l’Allégorie de la gourmandise qui met en scène des personnages buvant, délurés, obsédés par la nourriture et par la boisson soit une satire des moines incarnés par les religieux du premier plan et une critique ironique de leur ivrognerie qui leur fait perdre leur sens et leur âme. La colère, conséquence de ce penchant pour la boisson, expliquerait le geste de la femme qui frappe le jeune homme avec son pichet. Une assemblée de gloutons et d’ivrognes voguent à leur perte comme des insensés. Le clergé dissolu laisse ainsi la barque de l’Eglise à la dérive, négligeant le salut des âmes. Cet aspect, représentatif des critiques formulées par la Réforme, paraît trouver une illustration dans l’homme qui s’accroche au bateau sans que personne ne s’en soucie (source : dossier de presse, Louvre).

L'association intime entre gloutonnerie et luxure dans le système moral médiéval est exprimée par Bosch dans le fragment de Yale, Allégorie de l'intempérance. La gloutonnerie est personnifiée par les nageurs en haut à gauche, rassemblés autour d'une grosse barrique chevauchée par un paysan ventru. Un autre homme nage plus près du rivage, sa vision obscurcie par une tarte à la viande en équilibre sur sa tête. Cette scène est suivie, à droite, par un couple (d'amoureux ?) réfugiés dans une tente. Qu'ils soient engagés à boire du vin est tout à fait approprié: "Sine Cerere et Libero friget Venus". Cette citation du poète latin Terence (ca. 185-160 va. J-C.) était bien connue au Moyen-Âge : "Sans Cérès ni Bacchus, Vénus prendrait froid". En d'autres termes, sans nourriture et sans vin, l'amour se refroidit. Dans la mythologie romaine, Cérès est la déesse de l'agriculture, des moissons et de la fécondité. Que la gloutonnerie et l’ivresse menaient tout droit à la luxure était constamment rappelé par les faiseurs de morale contemporains de Bosch.

La juxtaposition de ces deux fragments permet de reconstituer le volet d’un petit triptyque. Son pendant, conservé à la National Gallery de Washington et traditionnellement intitulé La Mort de l’avare, montre les péchés d’envie et d’avarice. En d'autres termes, ce triptyque montrait les errements d’une humanité guidée par les vices et le matérialisme.

Pourquoi le panneau de Bosch a-t-il été coupé en deux ? Quel est le mobile du crime ? Rien ne l'atteste mais tout l'indique : le "criminel" a gagné plus d'argent en vendant deux tableaux plutôt qu'un seul, d'autant que Jérôme Bosch ne signait pas toujours ses œuvres. Cette pratique n'était pas rare chez les « antiquaires » de l'époque, c’est-à-dire les marchands de tableaux.

AUTRES ŒUVRES DE JÉRÔME BOSCH, EXPOSÉES OU EN RÉSERVES*

Noces de Cana
c. 1475-1480 - Boijmans Van Beuningen, Rotterdam
* Saint-Christophe
c. 1496-1505 - Boijmans Van Beuningen, Rotterdam
La Tentation de St Antoine (panneau de dr.), détail
c. 1501 - Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne

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